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La peur

Avec M. Koala nous sommes officiellement en essais bébé, mais…

J’ai peur.

Je pense à mon ange, à ce qui s’est passé.

Peur de revivre la perte d’un bébé. C’est tellement dur, je crains tout.

J’ai peur de tout, avant même que ce bébé ne soit là.

J’apprendrai une grossesse, je ne pourrais me réjouir, non. En tout cas, pas avant d’être entièrement rassurée, et encore, à sa naissance peut être.

J’ai été touchée en plein cœur, marquée à vif…

On me dit qu’il n’y a pas de raison. Certes, mais il n’y en avait pas non plus pour mon ange.

D’autres me disent que je peux toujours patienter. Mais c’est pas le temps qui y changera quelque chose, on oublie jamais. De plus, nous avons besoin d’accueillir un bébé dans notre maison, nos bras.

J’appréhende cette grossesse. Cela ne sera jamais plus pareil. Moi qui était sereine pour les précédentes, positive. J’ai perdu mon insouciance, ma zenitude, terminé.
J’espère que je pourrais être bien entourée (ça encore je pense que oui, la sage femme était super), rassurée un max. J’appréhende chaque examen, chaque résultat, avant même que cela se présente. Je serai sûrement plus surveillée, je ferai peut être plus d’examens, parce que j’ai « un antécédent ».

Il y a quelques temps, j’ai rêvé que j’étais enceinte d’une petite fille, et que j’accouchait. Je regardais ce bébé, et le lien ne se faisait pas. Le sentiment que ce n’était pas « le bon bébé ».
Ben non forcément, je le sais que ça ne sera pas le même. Pourquoi ce rêve je ne sais pas. Je ne me pose même pas la question de si j’aimerai ce bébé, c’est évident, je l’aimerai peut être « trop » même je pense. Peut être même que j’aurai du mal à « le lâcher ». J’ai tellement ce manque de serrer mon bébé dans mes bras…

Bref, je suis terrorisée 😦 mais j’en ai aussi tellement envie…

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1 mois après

Mon deuil
1 mois sans mon ange, où il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à lui.
Plusieurs fois par jour même.
J’ai souvent rêvé que je tenais mon bébé dans les bras, que je le serrais contre moi, que je le berçait.
J’y pense tendrement, amèrement aussi, car je trouve cela toujours injuste ce que la vie nous a imposé.
j’essaye de vivre avec, d’avancer.
On s’est beaucoup recentrer sur nous. Nous 2, nous 3, nous retrouver. Ca nous a beaucoup rapproché.

Sa place, nos souvenirs
Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est de « m’occuper de lui ». De lui faire une place, qu’il ait une existence (son couffin, son coin chez nous, son coin au jardin du souvenir, sa boîte à souvenirs, la déclaration à l’Etat Civil, son prénom).
Les photos de la photographe ont été une révélation. Je les ai reçus avant nos vacances. Ca m’a fait une sensation bizarre quand je les ai vu. Pourtant, je n’avais pas oublié. Le jour de l’accouchement, j’avais pas voulu/ pas vu les traits de la trisomie. L’émotion, la douleur peut être. A tel point que je me posais des questions, « et si? ». Et là, j’ai vu. Ca m’a beaucoup apaisé, comme si, effectivement tout prenait son sens, c’était à cause de la T21, pas d’erreur possible. Je le savais mais j’ai eu besoin de « voir » je pense, que se soit flagrant, mais aussi, que je sois prête à voir. Cela ne change rien de mon amour pour lui de toute façon. Surtout, je n’éprouve plus la culpabilité qui me rongeait.

Son coin chez nous (case meuble Ikea)

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Son coin au jardin des souvenirs

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Sa boîte à souvenirs (moins haute que celle de TiChou, avec les échos, examens, cartes, mots, poèmes, cadeaux, doudous, photos…)

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Le couple
M. Koala avait peur de tout ça. Peur que « je me fasse du mal », que je reste dans ma tristesse à pleurer sur les souvenirs (photos par ex). Je l’ai rassuré en lui disant que ça serait rangé, à disposition si on le désirait, que j’avais besoin de m’occuper à tout ça. il m’a fait confiance.
Au niveau du couple ce qui n’est pas simple c’est qu’on ne réagit pas de la même manière. Personne tu vas me dire. Mais homme/femme c’est très différent. Une épreuve sépare ou rapproche, c’est inévitable. L’homme veut montrer qu’il est fort, qu’il est là, qu’il soutient. Mais il a quand même ses faiblesses. Le mien a tenu. Il est triste mais tient. J’aurai sombré dans une profonde dépression, est-ce qu’il aurait tenu dans la durée? Personne ne sait, mais quand on passe en mode survie on se préserve…
Quand moi j’ai eu besoin de faire tout ça, lui mettait ça dans un coin de sa tête. Pas qu’il n’est pas touché, pas qu’il n’y pense jamais, mais pour se préserver. On est très différent. Mais ce qui est important c’est qu’on en parle, qu’on s’écoute. Il n’a pas tout compris mes besoins, des fois m’approuvant (bonne idée), d’autres m’observant avec la crainte de me voir sombrer.
Quand j’ai annoncé vouloir voir notre bébé après l’accouchement, il m’a regardé sans rien dire. Et puis, c’était devenu pour lui une évidence.
Quand je lui ai parlé de la photographe, j’ai failli passer « pour une folle ». Mais je lui ai expliqué. Il a voulu les voir et il trouve que c’est bien de les avoir.
Quand j’ai fais la pierre pour le jardin du souvenir, il m’a regardé d’un air perplexe. Pour autant, il a souhaité m’accompagner. Il a voulu voir « où notre ange était » (où les cendres avaient été déposées) et participer à faire ce petit coin. Il a été touché, c’est certain, et c’est pour ça qu’il ne l’aurait pas fait de lui même. Mais au final, il a apprécié ce moment.
Est-ce qu’on a changé? Je sais pas trop. C’est peut être un peu trop tôt pour le dire. J’ai l’impression que lui s’est plus rapproché et que moi, je vois les choses différemment, sous un autre angle maintenant. A voir avec le temps.

Pas seuls
Qu’est-ce qu’on est nombreux je trouve à être paranges… trop en fait. Bien sûr on a des amis qui ont connu le deuil périnatal mais on pense toujours que c’est rare. En vrai, quand on lance le sujet, on est pas seuls. Ca permet d’échanger, de se sentir moins seuls ok mais non ce n’est pas rare et ça fait peur.
J’ai lu qu’une grossesse sur 5 ne se passe pas comme prévu, je trouve ça énorme.
On est impuissant face à tout ça et je me pose beaucoup de questions sur le pourquoi.

Le contrôle technique
Ce matin rendez-vous de contrôle avec le gynéco avec une écho. Il me montre l’écran où l’on ne voit rien et avec un grand sourire, l’air satisfait, il me dit que c’est vide. Sauf que ça n’a pas le même sens pour lui et pour moi. Lui rassurant que « le nettoyage » de mon utérus soit une opération réussie, moi vide de mon ange… oui, vide…
On parle contraception, futur enfant, il veut savoir ce que je veux. On veut laisser faire la nature, qui j’espère, cette fois-ci, sera plus sympa avec nous.
C’est « accidentel ». Tel est le terme employé dans les résultats du caryotype fraîchement reçu. Une trisomie libre et homogène sans aucune cause génétique, je suis rassurée, en partie, jusqu’à la prochaine grossesse…

Ma liste
Je remercie M. Koala pour avoir été là, m’avoir soutenue. Ca peut paraître évident mais pas forcément. J’étais pas bien, il ne s’est pas posé de question, il a pris le relais. Je sais qu’il a pris sur lui alors que lui aussi était triste.
Y a ceux qui ont envoyé des messages/mots/cadeaux, je les en remercie.
Y a ceux qui en plus m’ont proposé de téléphoner quand je voulais. Je m’excuse de ne pas l’avoir fait. Je n’ai pas osé mais surtout, pas capable d’aligner quelques mots sans pleurer, je n’ai tout simplement pas pu. J’espère qu’ils comprendront.
Y a ceux qui n’ont rien dit, mais qui ont pensé quand même à nous.
Y a ceux qui étaient gênés, qui n’osaient pas, ne le soyez pas, je ne vous en veux pas.
Y a ceux qui nous ont fuit. Peut être qu’on les retrouvera un jour… ou pas.
Y a ceux qui ont eu des vilains mots. Ceux là on ne les verra plus.
J’ai entendu dire, pour me « consoler », que bon, j’avais quand même de la chance d’avoir un enfant (TiChou) en parfaite santé. 2 j’avais pas le droit?
Y a ceux qui ne comprennent pas comment on peut « déjà » envisager BB3.
On m’a demandé si je me sentais mieux…
On m’a dit que je devrai arrêter d’y penser.
Y a ceux qui parlent devant moi de leur futur bébé à venir en oubliant que moi je n’aurai pas le mien.
Y a ceux qui zappe notre ange, par mégarde, et d’autres volontairement comme s’il ne comptait pas. Ceux là j’ai envie de leur coller le livret de famille sous leur nez.
Y a ceux qui ne parle pas de la trisomie, comme si c’était honteux. N’importe quoi.
Y a ceux qui pense que ce n’était qu’un fœtus. A ceux là je voudrai leur dire que certes le terme médical est exact, mais que derrière y a des sentiments, que c’est un bébé, notre bébé…

Il restera à jamais mon bébé, il ne grandira jamais…sa place restera toujours vide…

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Les événements de la semaine

Le coucher de TiChou
TiChou a toujours eu l’habitude à ce que je reste allongée près de lui jusqu’à ce qu’il s’endorme, même après la fin de l’allaitement (y a pas si longtemps que ça). Pourquoi? Peut-être avec la proximité de l’allaitement. En tout cas, qu’avec moi. Avec l’annonce de BB2, on s’était dit qu’il fallait qu’on s’occupe de gérer le coucher différemment car je ne pourrais être physiquement présente pour TiChou et en même temps pour un bébé. Et surtout, qu’il fallait qu’on soit calé avant la naissance de BB2, histoire qu’il n’y ait pas de jalousie. Avec tous les événements que l’on a vécu (l’attente des résultats, la perte de notre petit ange), on avait laissé ça de côté, et puis, j’étais près de TiChou. Le problème c’est qu’avec le temps, l’endormissement était devenu plus long. TiChou luttait pour ne pas dormir et pour pouvoir vérifier que j’étais toujours là. Cette semaine, j’en pouvais plus. J’avais aussi besoin d’avoir des soirées avec M. Koala et la gestion du coucher ne me le permettait pas. On en a donc rediscuté et décidé de changer dès cette semaine, lundi soir. J’ai donc expliqué à TiChou que non je ne venais pas dans son lit, que j’allais m’assoir sur le tabouret à côté pour lire l’histoire. Une fois l’histoire terminée, j’éteins la petite lampe, lui fait un gros bisous et lui souhaite bonne nuit. Bien sûr, ça s’est fait sur plusieurs jours, j’ai dû remonter plusieurs fois, BEAUCOUP le rassurer, lui dire que j’étais là, que si besoin il pouvait m’appeler. Le premier soir, il a pleuré quelques fois, je suis montée à chaque fois pour le rassurer qu’il ne s’inquiète pas, que j’étais là, qu’il pouvait faire un gros dodo et plein de jolis rêves et qu’il fasse un gros calin à ses doudous et son nounours. Les autres soirs pas de pleurs mais des appels. Selon, soit je lui parlais d’en bas des escaliers, soit je montais. Dans l’ensemble, ça s’est très bien passé, avec bienveillance, sans avoir à crier. Il ne sortait pas de son lit et le matin, on ne manquait pas de le féliciter. Au final, il s’endort beaucoup plus rapidement que lorsque je restais avec lui…Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

La reprise du boulot
Reprise du boulot mercredi, je ne m’y suis pas rendu sereinement. J’avais peur. Peur de craquer, peur des questions…Ca c’est bien passé quand même. Les élèves ne savaient rien, donc de ce côté là pas de problème. Mes collègues avaient été mis au courant, pas les profs (mais pas au courant de la grossesse). Un des surveillants vient me parler pour me dire qu’il voulait envoyer un sms de soutien, mais qu’il n’avait pas osé, pour pas qu’on soit submergé… J’ai répondu que ce n’était pas grave. Puis, il me dit qu’il connait des amis (classique, tout le monde connaît quelqu’un à qui un truc du même genre est arrivé) qui ont aussi perdu leur bébé mais eux après l’enlèvement d’un cerclage. Je le coupe, en lui disant que je n’ai pas perdu mon bébé mais qu’on a dû arrêter la grossesse car il avait un soucis. Ah… et j’ai poursuivi en disant qu’on allait parler d’autre chose sinon j’allais me mettre à pleurer, à quoi il a répondu « ah oui bien sûr pardon » et j’ai filé. Sinon hier, une prof un peu relou à lourdement insisté pour savoir pourquoi j’avais été en arrêt en me posant plein de questions comme « c’est ton fils qui a été malade? » ou autre, auxquelles je répondais toujours non et une de mes collègues lui précise que c’est perso, la prof tente encore et me dit « mais peut être que tu n’as pas envie d’en parler? »… ben non! tsss la relou. Enfin libérée ma collègue m’avoue qu’elle ne savait plus quoi faire pour s’en débarrasser… super les curieux…

La crémation
Ce matin j’ai envoyé un sms à ma sage femme pour savoir si elle en savait plus concernant la crémation. Au départ elle m’avait dit que ça se ferait sûrement mardi mais je n’avais pas eu de nouvelles depuis. Réponse fin de matinée : la crémation a été faite mercredi, j’ai le cœur lourd. Je me pose la question de me rendre au jardin du souvenir et crématorium.

La psy
Rdv chez la psy à 16h30. J’y suis restée 1h. J’ai parlé, elle a écouté. « hum hum oui » avec de la compassion. Mais je peux pas dire vraiment que ça m’ait aidé. Le fait d’en parler ça m’a fait pleurer (normal c’est douloureux et surtout encore très récent) mais ça m’a pas forcément fait « du bien ». Pas de mal non plus hein, mais je reste perplexe sur cet entretien. Soit la thérapeute ne m’a pas convaincu, soit j’estime que je peux avancer seule. Je ne pense pas que j’y retournerai.

La dispersion
Après ce rdv, je décide de me rendre au jardin du souvenir et au crématorium. J’aimerai en savoir plus si possible, je risque rien à demander. J’arrive sur place vers 17h50, une cérémonie est affichée de 17h30 à 18h. Je fais donc un tour dans le jardin du souvenir en attendant. J’emprunte le chemin le plus proche du crématorium, des dispersions ont été faite, dont une près d’un arbre, je me demande « s’il n’est pas là » et continue mon tour. Après 18h, les proches du défunt discutent devant le crématorium, je n’ose y entrer. Puis, ils commencent à partir. Je décide donc d’y aller. Je voudrai trouver quelqu’un et poser des questions. Au pire, on me refoule mais j’aurai essayer. A l’intérieur, la décoration est particulière, design mais dans le thème, apaisante. Je n’ai pas vu le bureau de suite à ma droite et une dame embêtée en sort et me dit qu’elle va bientôt fermer. Je m’approche d’elle et je lui dit que j’aimerai un renseignement (si elle est au courant).
« Mercredi, normalement, il y a eu la crémation d’un tout petit bébé… (je fonds en larmes), un petit bébé dans un couffin bleu »
« Gabriel? »
Et là je me sens, comment dire, le regard qui s’ouvre, pleine d’espoir.
« oui, Gabriel »
« C’est votre fils? »
« Oui, on a dû arrêter la grossesse, il y avait un soucis »
« vous voulez savoir le lieu de dispersion? »
« oui s’il vous plaît » (re-espoir)
« ok, je pars là, suivez moi, je vais vous montrer où je les ai mise, j’ai dispersé les cendres ce matin »
Je la suis, sur le chemin du crématorium qui mène dans le jardin du souvenir, elle m’indique l’arbre que je pensais.
« voilà, j’ai vidé ici, autour de cet arbre »
Je la remercie et en partant elle me frotte les épaules et me dit « courage ». Je la remercie encore.
Je suis rassurée de savoir où il est. C’est bête, moi qui disait que je n’aimais pas les tombes, ce lieu fixe avec une représentation que je n’aime pas… Au final, c’est contradictoire peut être. Je sais où la dispersion a été faite et quelque part, je me sens mieux. Je sais où est mon bébé 🙂 La dispersion se termine en un tout petit tas. Et là je me dis que je peux en prendre un peu, et l’amener aussi à la mer pour une autre dispersion (j’aime beaucoup la mer). Sauf que dans un sac à main on a pas forcément une boîte hein. J’avais sur moi, juste le sachet zip en plastique dans lequel j’ai reçu le petit ange qui le représente que j’ai mis sur mon bracelet Pandora… Coïncidence du lien…
Je quitte ce lieu « toute contente » d’avoir eu ces informations, rassurée, apaisée. Je vais pouvoir moi aussi faire une dispersion, et peut être mettre quelque chose sur place au jardin du souvenir, je ne sais pas encore. Déjà, pour son « anniversaire » je pourrais amener des fleurs (sur des groupes j’ai lu « anniverciel » c’est mignon je trouve). Bref, des possibilités. Oui, je sais, j’avais aussi dit qu’on récupérait des cendres surtout les affaires et le cercueil, mais oui c’est symbolique…

En presque 2 semaines, j’ai avancé. Oui j’ai toujours, et j’aurai toujours cette peine de cœur, une pensée pour mon ange, des regrets pour son absence (sans penser à la trisomie), le poids de la décision et de l’arrêt de la grossesse, toujours. Une place pour lui dans mon cœur, pour la vie. Mais j’ai aussi de l’espoir. L’espoir d’agrandir la famille et de continuer à avancer tous ensemble.

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Une semaine

Une semaine que j’ai accouché et que j’ai perdu mon ange… il me manque.

La douleur est toujours là (et je l’aurai à vie), les pleurs ce sont espacés, je suis nostalgique. J’imagine que c’est ça, être sur la voie de l’acceptation.

Le plus dur, c’est le soir au coucher, je ne peux m’empêcher de verser des larmes.

Mon ventre s’est aplati, mes aréoles redeviennent rose… le corps sait.

Quelquefois, il m’arrive encore de passer la main sur mon ventre, qui n’est plus rebondi, je me rends compte, je la retire peinée…

Avec M. Koala on est proche, mais on vit tout ça différemment. Lui s’est acheté un nouveau PC portable et a passé du temps à étudier les caractéristiques qu’il souhaitait, il a besoin de décompresser avec ses potes, il passe beaucoup plus de temps avec TiChou. Moi aussi je suis plus sur TiChou, mais j’aurai besoin de solitude aussi… On passe du temps ensemble aussi.

J’ai quand même fait du tri, rangé des affaires, fait de la place… Les affaires de bébé, de TiChou, que j’avais prévu de ressortir bientôt, je les ai rangées définitivement. Y a plein de choses que j’aurai aimé faire. J’ai eu des moments où j’étais active et d’autres pas, car besoin de ça aussi. Je n’aurai pas le temps de tout faire, la reprise du boulot est prévue pour mercredi mais tant pis ça attendra. J’appréhende cette reprise, mais il ne restera qu’une semaine et demi, après ce sont les vacances scolaires, donc ça va le faire (j’espère).

Difficile de trouver des personnes avec qui en parler car elles n’ont pas forcément vécu ça et les autres je ne vais pas leur rappeler leurs malheurs. Alors j’ai essayé quelques groupes Facebook sur le deuil périnatal, mais le problème c’est que là on est toutes avec la même peine et c’est pas super positif.

Du coup, j’ai demandé à ma sage femme pour un suivi psychologique (on m’en avait proposé un mais je n’étais pas décidée). Je sais pas si ça m’aidera, j’ai rdv vendredi, je teste et je verrai bien. Je lui ai demandé aussi où ça en était pour la crémation de notre ange et ça sera mardi en principe (donc demain), elle me tient au courant.

Avec M. Koala, nous avons décidé de se protéger jusqu’au retour de couche et ensuite de laisser faire les choses. Nous avons besoin d’un nouveau bébé… Aucun bébé ne remplacera notre ange qui restera notre BB2. Le prochain, sera BB3. Et j’espère que ça se passera bien (j’angoisse déjà rien que d’y penser) parce que nous avons envie d’accueillir un bébé dans notre maison et pas uniquement dans nos cœurs.

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Le vide…

Y a un truc que je peux affirmer, ce n’est pas parce que l’accouchement est passé, que c’est fini, qu’on est prêt à passer à autre chose… En tout cas pas pour moi, et pas maintenant (normal).

Je dirai que la douleur est pire, j’ai horriblement mal… Et qu’une fois fait, il y a le manque… le manque de son bébé.

Je me sens vide…

Les hormones de l’accouchement n’aidant sûrement pas.

Normalement, après un accouchement, on a bébé avec soit et on est rempli d’hormones ocytocines, le bonheur immense nous envahit, on kiffe bébé et ça nous fait potentiellement oublier les douleurs de l’accouchement.

Sauf que là…bébé n’est pas là. C’est comme si tout mon corps l’appelait, le réclamait.

Le vide, l’absence, le manque…me ronge.

Et là, je ne pense même plus à la trisomie, je veux mon bébé. Moi aussi je voudrait l’avoir dans mes bras, le câliner… sauf que c’est pas possible, c’est fini.

Je ne regrette pas ma décision qui a été la bonne, ça j’en suis sûre. La trisomie ne se soigne pas et on aurait pas pu savoir à l’avance comment et à quel degré elle l’aurait accablé. S’il aurait pu être heureux, s’il aurait souffert. On a préféré ne pas prendre de risque. Lui donner une chance pour une autre vie.

Mais ce bébé, je l’aimais quand même. Il était désiré.

Je pense à lui, tout le temps. Si je ne me retenais pas, j’en pleurerai à longueur de journée (j’y suis pas loin en fait) (encore merci les hormones, en plus du reste).

J’en veux à la terre entière. J’aurai voulu que mon bébé soit épargné.

Il me manque 😦

Je me demande comment je vais y arriver, comment continuer, penser à lui autrement.

J’ai une plaie ouverte que tout le monde essaie de panser, j’attends la cicatrice…

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Au revoir Gabriel…

Lundi 26 mars (16 SA + 2) le matin, on a déposé TiChou à la crèche et on est parti à la maternité. On a posé des affaires dans la chambre et pris seulement un sac pour moi et un avec ses affaires.

On nous a installé en salle de naissance. On nous a bien entouré, bien expliqué le déroulement, comment il serait (assez « rouge » vu la finesse de la peau avec les vaisseaux et qu’on verrait peut être les caractéristiques de la trisomie. On a pu poser toutes les questions qu’on voulait. Le gynéco est venu nous voir aussi, ainsi que ma sage femme, en « civil » mais venue exprès pour nous. J’ai pris 2 comprimés et j’ai ressentis des effets assez rapidement.

Comme c’était déjà difficile, j’ai opté pour une péridurale, surtout au cas où pour après pour éventuellement enlever des restes de placenta.

La pose de la péridurale a été réalisé par une dame anesthésiste pas motivée et froide (à peine bonjour). Bref non seulement elle s’est loupée mais elle m’a trituré et m’a fait mal…

J’ai donc tout senti mais ce fut gérable, Gabriel étant petit sûrement, et d’après les sages femmes, j’ai bien réagi aux médicaments car ça allait vite. Premier examen je suis déjà à 4 cm.

On sent vraiment que « ça travaille » de l’intérieur.

Le temps passe et je commence à avoir bien mal. Deuxième examen, je suis à 7 cm et la poche se rompt. Là j’ai plus mal et Gabriel est pas mal descendu. La sage femme me propose de pousser un peu ou d’attendre, il est à 2 phalanges. En fait, j’en sais rien, je craque, j’ai peur. Peut être parce que c’est la fin, je sais pas, mais c’est difficile. On prend le temps. Je me décide à pousser un peu, mais j’avoue, pas beaucoup. Les jambes et les fesses sortent en premier, puis la tête vient, il est 13h29. Et là je demande à M. Koala, « comment il est? ». Il regarde et pleure. On me propose de le voir, je réponds que oui. On me le présente devant moi, enveloppé, je vois juste sa tête. Je dis « il a le même nez que TiChou », je le trouve beau quand même. Je sais pas trop combien de temps ça a duré, ça m’a parût court mais j’ai eu le temps quand même. On nous dit qu’on va devoir l’amener pour les examens et il part avec ses affaires. Je me retrouve seule avec M. Koala, qui s’est assis sur la chaise, la tête entre ses mains, coudes sur les genoux en train de craquer (« enfin » car il se retenait, un peu parce que je pleurai déjà beaucoup, pour pas en rajouter, ou il se « cachait »). Je crois que c’était tout de suite plus réel pour lui. Je lui ai pris la main en pleurant et je lui ai dis « la prochaine fois qu’on viendra là, on repartira avec notre bébé ». L’espoir ça fait tenir aussi…

La sage femme revient avec le gynécologue et un appareil à échographie. Le placenta est en train de sortir, ça tombe bien. Après vérification, le gynéco a un doute à un endroit (à l’écho car le placenta a l’air complet comme ça). Il va pratiquer une aspiration. Il m’explique le déroulement et me dis que dès que j’ai mal je dis stop et il s’arrête de suite. Sauf que rien qu’en me mettant le spéculum ça me « pince ». Alors il me l’enlève, il n’est pas content car la péridurale est inefficace (ben oué ça j’avais remarqué), qu’il ne peut pas me laisser comme ça. Les sages femmes lui expliquent la super motivation de la dame anesthésiste mais qui devait néanmoins faire son taff. Du coup, on appelle un anesthésiste, un monsieur sympa. On me met un masque à oxygène. Au début j’ai cru qu’on produit serait mis dans le masque pour que je sois stone mais en réalité il avait une seringue avec un produit blanc qu’il a injecté dans le cathéter. Il me parlait et après…je ne me souviens de rien. J’ai eu une anesthésie générale. M. Koala était là, on m’a enlevé le reste et tout a été nettoyé.

Je me réveille, y a plus personne, je regarde l’heure il est vers 14h30, reste que les appareils avec ce qu’on m’a enlevé dedans. Je suppose que M. Koala est parti manger et que les sages femmes doivent être occupées.

A côté, j’entends une maman en travail. La sage femme lui dit qu’elle voit « sa puce ». Je me dis qu’elle a bien de la chance…

La sage femme revient au bout d’un moment et s’excuse, y a pas mal de boulot, mais elle est embêtée de m’avoir laissée seule. Je lui réponds que c’est pas grave, que je comprends, que de toute manière je me suis réveillée doucement. Elle s’occupe de moi et me dit qu’on va venir me chercher pour descendre en chambre.

En bas, peu de temps après j’y retrouve M. Koala. On appelle, on aimerait revoir Gabriel, passer un peu de temps avec lui. La sage femme nous dit pas de soucis mais que là haut à l’espace naissance elles sont un peu débordées du coup elle sait pas trop nous dire quand.

La photographe (bénévole Souven’ange mais aussi professionnelle : L’effet mère) arrive, elle est très sympa (j’avais déjà échangé avec elle par téléphone). Elle a l’habitude et le personnel la connait, elle nous dit qu’elle va aller le chercher et nous l’amener.

Elle revient, avec un berceau classique de maternité à roulettes, un drap blanc recouvre le tout. Dessous, On aperçoit le couffin, avec dedans Gabriel dans son nid d’ange et son doudou à côté, comme on le souhaitait. Elle nous félicite pour ça, elle trouve ça joli, il a l’air bien dedans. On parle beaucoup avec elle, elle nous le montre en entier, prends des photos, on le regarde. Il ressemble vraiment à un bébé en miniature. Il est, en effet, un peu plus rouge, ses paupières fermées (à mon terme c’est pas « fini »). Il est long quand même (long et fin comme TiChou), la photographe le trouve grand. Il a de minuscules petites mains et pieds. Mais tout est là, on voit très bien même que c’est un garçon.

Quand elle a terminé des photos, elle nous questionne si on a des demandes particulières et nous laisse un temps seuls avec lui avant de le ramener. J’ose pas trop le toucher, je le fait à peine, j’ai peur de « l’abîmer ». M. Koala l’embrasse, on lui dit au revoir. C’est dur…

Elle repart avec lui…

M. Koala part chercher TiChou, pour l’amener, et attendre aussi de savoir si je sors ou pas (en principe on dit me garder cette nuit). On passe un moment ensemble et comme TiChou a faim ils repartent.

La sage femme me dit que ça serait pas mal que je reste la nuit et reparte le lendemain, soit.

Les repas, franchement, je suis pas difficile mais là… Pourtant, pour TiChou, j’avais le souvenir inverse.

Personnel super sympa et à l’écoute, aux petits soins, pour ça, j’ai rien à dire.

J’ai mal dormi. Déjà c’était pas simple et puis le lit grinçait, mon dos m’empêchait de bien dormir et j’ai quelque fois entendu des bébés. Je me suis encore dis que, la prochaine fois que je viendrai, ça serait dans d’autres circonstances…

A 6h40 l’infirmier vient me prendre la tension et la température, outch ça pique. Il me donne aussi un papier à remplir pour l’autorisation pour la crémation (crémation individuelle gérée par la clinique et dispersion au jardin du souvenir) et le papier de déclaration pour Gabriel. Je tente de dormir encore un peu.

Vers 8h30, le gynéco vient me voir, me parle de l’intervention, et me dit que je peux sortir quand je le souhaite. Ma sage femme le suit de pas loin, on discute, et me dit qu’elle espère bientôt me revoir, quand je serais prête aussi.

Je prends mon petit déjeuner, réuni mes affaires, me douche et M. Koala que j’ai prévenu et qui vient de déposer TiChou à la crèche arrive. On va déposer le papier de la crémation, à ma sage femme que je recroise, on discute encore. Des bébés prennent leur bain et crient, je pleure. Elle me console. On se salue et je repars avec mon arrêt de travail jusqu’à vendredi inclus. Ca voudrait dire que je reprendrai le travail mercredi dans une semaine, si tout va bien (lundi est férié et je ne travaille pas le mardi). On verra à ce moment là…

Avant de rentrer, on passe à la mairie, Gabriel est noté dans notre livret de famille et on repart avec des actes d’enfant né sans vie.

On rentre. J’ai reçu un cadeau avec une carte, un bouquet de roses blanches, ça fait plaisir.

On est rentré, c’est fini, mais j’ai le blues, le ventre vide et plus de bébé…

Au revoir Gabriel…

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Merci à une copinaute pour son dessin qu’elle avait fait pour des amis et qu’elle m’a envoyé 🙂

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La veille…

C’est un jour « entre deux », où rien n’est prévu mais il faut attendre.

Il ne s’est pas passé grand chose. J’ai préparé un sac à dos pour moi avec quelques affaires au cas où, un petit sac pour lui avec ses affaires. Bien loin de la valise de maternité où l’on amène les brassières et mini bodys avec chaussons et bonnets, l’écharpe de portage…

Je sais pas si j’en ai fait un peu trop mais au moment du repas j’ai contracté un peu. Rien de méchant.

Après le goûter de TiChou, je lui propose d’aller jouer dans le jardin. Il fait pas super beau mais il ne pleut pas, un peu boueux mais avec ses bottes et son imper ça passe niquel. Le jardin est clos, j’aurai pas à lui courir derrière ^^. On a joué un moment et il a voulu faire de la balançoire. Une pour petit, un siège avec un « T » devant pour protéger. Je l’ai porté pour l’y mettre et j’ai un peu galérer pour l’en sortir à cause des bottes. J’ai pas demandé d’aide…

Est-ce à cause de ça, possible, mais après ça a été compliqué… J’ai dû m’allonger, j’ai beaucoup contracté. J’ai pris du Spasfon et suis restée allongée. Franchement c’est flippant. Parce j’avais peur qu’il arrive. En début de soirée, c’était pas le moment dans le sens où TiChou est avec nous et nous sommes seuls avec lui. M. Koala me dit que si jamais on se pointera tous les 3 là bas, je dis non, qu’il faut que j’y aille et qu’il faut qu’il reste à la maison avec TiChou en attendant que quelqu’un prenne le relais. Il ne veut pas me laisser…

Heureusement, le repos ou le Spasfon a fait son effet. J’ai demandé « non, pas maintenant, pas avant d’avoir déposé TiChou à la crèche, pitié ».

Bref, là je contracte de temps en temps mais ça va, je croise. Je vais essayer de me reposer un max, demain sera une grosse journée…